Avoir trop décapé ma peau au savon noir l’a laissée tiraillée un mois

août 10, 2026

Le savon noir a glissé sur mes doigts, puis j’ai laissé sa mousse sombre poser presque cinq minutes sur mon visage, au retour du marché des Arceaux. Dans la vapeur de la salle de bain, ma zone T a piqué d’un coup. J’ai compris trop tard que je venais de gâcher 47 euros de soins que je n’osais plus toucher. J’ai été convaincue que je purifiais ma peau, alors que je la fatiguais déjà.

Je me suis rendu compte que je faisais fausse route

J’ai passé des années à écrire sur les savons artisanaux et les routines douces. Je l’ai fait dans ma salle de bain, près de Montpellier, avec mon compagnon, sans enfants, et une étagère qui déborde de pains de savon. J’avais déjà utilisé ce savon noir sur le corps, surtout après une journée salissante ou avant un gommage au gant. Ce matin-là, j’ai voulu aller plus vite sur le visage. Je me suis dit qu’un nettoyage plus long donnerait un résultat plus net, et je suis partie là-dessus sans réfléchir.

J’ai laissé poser le savon noir presque cinq minutes, persuadée que plus le temps montait, plus la peau ressortirait propre. Je n’avais pas pensé à l’eau trop chaude ni à la sensibilité de ma peau ce matin-là. J’ai même frotté une fois avec un gant destiné au corps. J’étais sûre de moi, un peu trop, parce que la mousse était fine et l’odeur végétale me donnait l’impression d’un soin simple. En réalité, le savon noir est très dégraissant, et mon visage n’avait pas besoin de ce coup de balai.

Au rinçage, ma peau a carrément « couiné » sous l’eau, comme si elle était trop propre, mais en réalité c’était le signal clair que je venais de décaper ma barrière cutanée. Sur le moment, j’ai cru à une simple impression passagère. Puis j’ai vu les rougeurs diffuses autour du nez et la brillance bizarre sur la zone T. Mes joues prenaient un aspect de peau mate mais sèche, rugueuse au toucher, et je me suis retrouvée avec des petites squames au bord de la bouche. Quand j’ai posé ma crème habituelle, j’ai senti des picotements localisés sur les joues et le contour du nez. Pas terrible. Vraiment pas terrible.

Trois semaines plus tard, la surprise d’une peau à la fois sèche et grasse

Trois semaines plus tard, la peau tirait encore au réveil, surtout autour de la bouche et des ailes du nez. De petites plaques sèches revenaient dès que je croyais avoir repris le dessus. La crème piquait au simple contact. Je me regardais dans le miroir avec cette sensation de peau qui colle un peu, puis qui accroche sous les doigts. J’ai dû mettre de côté mes textures habituelles pendant 21 jours, parce que le moindre produit calme devenait agressif. Le savon noir, acheté 8 euros, avait laissé derrière lui plus de gêne que de confort.

Ma zone T semblait vouloir compenser la sécheresse ambiante en produisant plus de sébum, un effet rebond paradoxal que je n’avais jamais imaginé, surtout après un produit censé purifier. Je voyais mon front briller en milieu d’après-midi, alors que mes joues restaient couvertes de petites squames. C’est là que j’ai compris la fragilisation du film hydrolipidique, puis la surproduction de sébum qui suivait chez moi. La peau semblait propre à la sortie, mais elle se défendait ensuite de travers, comme une porte qu’on a forcée trop vite.

Pendant 12 jours, j’ai laissé tomber plusieurs soins que j’utilise d’habitude, parce qu’ils brûlaient au moindre passage. J’ai ouvert un tube de crème à 19 euros en me disant que ça calmerait la situation, puis je l’ai refermé aussitôt. J’ai aussi passé deux soirées à relire mes notes en râlant contre moi-même, parce que le savon noir lui-même ne coûtait presque rien. Le prix réel, c’était le temps perdu, les gestes suspendus, et la frustration d’avoir gaspillé un produit pourtant simple.

Le doute qui m’a fait basculer vers une vraie prise de conscience

Un soir, en appliquant ma crème du soir, j’ai senti un picotement net sur les joues. Rien de spectaculaire, juste une brûlure légère qui n’était pas là la veille. J’ai été frappée par ce détail, parce que ma peau réagissait au geste le plus banal de ma routine. Là, je me suis retrouvée à regarder le flacon dans ma main comme s’il m’avait trahie.

J’ai relu la petite fiche imprimée sur le flacon de la Savonnerie du Midi, puis mes notes sur ce que j’avais testé avant. Tout pointait vers la même idée: savon noir costaud, usage plutôt ponctuel sur le corps, et pas comme masque de cinq minutes sur le visage. Le mot qui m’a arrêtée, c’était justement « ponctuel ». Moi, j’avais transformé ce produit en nettoyant quotidien, puis en soin prolongé. J’ai appris une chose simple: la peau, quand elle pince comme ça, n’a rien d’un terrain à forcer.

La limite que j’ai comprise, c’est que je n’avais aucune envie de remettre ça sur une peau déjà déshydratée ou sensible. Si la brûlure persistait, j’aurais pris rendez-vous avec une dermatologue plutôt que d’insister toute seule. Je ne sais pas si ma réaction aurait été identique chez quelqu’un d’autre, et justement je n’avais pas envie d’en faire une règle générale. J’étais seulement sûre d’une chose: ce soir-là, j’avais dépassé ce que ma peau acceptait.

Ce que j’aurais dû faire et ce que je fais maintenant pour ma peau

J’ai fini par ranger le savon noir pour le visage et le garder seulement pour le corps, en usage occasionnel, surtout après une journée salissante. Dans notre foyer à deux, avec mon compagnon, sans enfants, j’ai arrêté de compliquer la salle de bain pour une mauvaise idée de cinq minutes. Le matin, je reviens à un nettoyant doux sans savon, à de l’eau tiède, puis à une hydratation posée sur peau humide. Rien de flamboyant, juste une peau qui ne râle plus au moindre contact.

Les signaux que j’avais laissés passer étaient ridiculement clairs.

  • une peau qui tirait presque tout de suite après le rinçage
  • des petites plaques sèches autour du nez et de la bouche
  • des picotements dès que ma crème touchait les joues
  • une zone T plus brillante dans la journée, alors que le reste du visage semblait sec

Aujourd’hui, je réserve le savon noir à un vrai gommage, une fois par semaine au maximum, et jamais sur le visage. Le reste du temps, un pain surgras doux me suffit largement.

Quand je revois le flacon de la Savonnerie du Midi, posé près du lavabo, je me dis que j’aurais dû m’arrêter bien avant ce masque improvisé. Pour quelqu’un qui accepte de garder le savon noir au corps, mon erreur restait un simple détour. Pour quelqu’un qui cherche un visage confortable, elle m’a laissé 47 euros de soins en travers de la gorge et un mois de tiraillements. J’aurais aimé savoir plus tôt qu’un produit lavant peut provoquer tiraillements, sécheresse et irritation sur le visage en usage fréquent.

Camille Grosjean

Camille Grosjean publie sur le magazine Soapy and Co des contenus consacrés aux savons artisanaux, aux soins lavants et aux routines beauté simples. Son approche repose sur la clarté, la pédagogie et des repères concrets pour aider les lecteurs à mieux comprendre les produits et leurs usages au quotidien.

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