Le savon transparent à la glycérine m’attendait au rayon bio de L’Herbier du Midi, rue de l’Aiguillerie, à Montpellier. Je suis Camille Grosjean, rédactrice freelance spécialisée en savons artisanaux et soins lavants pour Soapy and Co. J’ai aussi une licence en sciences de la vie de l’Université de Montpellier, obtenue en 2015. J’ai testé un pain de 100 g pendant 14 jours : 12 lavages de mains et 7 douches rapides. J’en cherchais un simple, lisible, compatible avec ma routine naturelle, sans effet décapant. J’étais tentée, mais pas convaincue d’avance.
Ce que j’ai cru acheter au départ
Je voulais surtout un savon qui ne me prenne pas la tête. Un pain joli, lisible d’un coup d’œil et assez doux pour les mains après une journée au clavier, c’était mon cahier des charges.
J’avais trois options sous les yeux : le transparent à la glycérine, un pain opaque plus classique et un surgras de 110 g que j’avais déjà repéré en boutique bio. Le transparent était affiché à 6,00 € les 100 g, et ce tarif m’a fait hésiter.
Le pain me paraissait net, presque trop propre. Dans ma main, il ressemblait à un verre dépoli parfumé. J’ai aimé l’objet, et je me suis laissée rassurer par sa transparence, alors qu’elle ne disait rien de sa tenue réelle.
J’ai lu l’étiquette deux fois avant d’acheter. La liste INCI commençait par sorbitol et propylène glycol, suivie de sodium laurate et de glycerin à la 4e position. La mention parfum apparaissait sans précision, et c’est ce qui m’a fait hésiter 3 minutes devant le rayon. Finalement, la vendeuse, une certaine Sophie, m’a rassurée en me disant que le fabricant, installé à Uzès, affichait une certification Cosmos Natural. J’ai suivi ce signal, même si je savais qu’il ne garantissait rien sur la tenue du pain.
La mousse m’a plu, puis le piège a commencé
À la première utilisation, je n’ai rien eu à lui reprocher. La mousse montait vite, le rinçage était net, et un lavage de 20 secondes avant de sortir suffisait à me laisser une sensation propre sans tiraillement immédiat.
C’est au bord du lavabo, sur un porte-savon plat sans évacuation, que le problème a commencé. Je l’ai laissé à 8 cm du robinet, dans une salle de bain plusieurs fois humide, et le dessous est devenu mou en 3 jours. J’ai vu un film collant sur l’émail blanc, puis une pâte claire au fond du support.
L’odeur m’a aussi surprise. Je ne suis pas certaine que la chaleur de février n’ait pas accentué l’effet, mais j’ai trouvé une note très sucrée, presque bonbon. Elle restait sur les mains plus longtemps que prévu.
Le vrai tournant a été la fonte. Le pain s’est creusé vite, puis il s’est mis à glisser entre les doigts comme s’il voulait disparaître avant la fin de la semaine. Là, j’ai compris que je n’achetais pas un bloc durable, mais un savon qui demandait trop d’attention pour mon usage.
J’ai pesé le pain chaque matin sur ma petite balance. À J+1, il affichait 94 g. À J+7, il était tombé à 72 g. À J+14, il n’en restait plus que 41 g, soit 59 % de matière perdue sur 12 lavages de mains et 7 douches. Ce ratio est nettement plus rapide qu’un savon de Marseille opaque, qui perd chez moi environ 30 à 35 % sur la même durée d’usage. Le chiffre a confirmé mon ressenti.
J’ai aussi comparé ce ratio avec un pain de Marseille 72 % acheté 4,20 euros à la droguerie du Peyrou, qui a tenu 32 jours complets chez moi dans les mêmes conditions. La différence de prix au gramme devient vite un argument, parce que le transparent revenait à 15 centimes par lavage contre 6 centimes pour le pain de Marseille. Sur un an, la facture triple.
Là où ça coince vraiment dans ma salle de bain
Sous la douche, après 5 minutes, ma peau tirait sur les bras et les jambes. Je remettais une crème tout de suite, sans attendre. À la maison, avec mon partenaire, j’ai constaté la même chose sur un usage corporel répété.
J’ai changé le stockage : porte-savon ajouré, séchage entre deux usages, et usage réservé aux mains pendant 6 jours. Le comportement a changé, oui, mais seulement quand je lui ai imposé ces conditions. Je crois que le point faible vient surtout de là : la glycérine attire l’eau, donc le pain se ramollit vite si l’air reste saturé.
Dans mon travail de rédaction, près de Montpellier, j’ai revu le même schéma plusieurs fois. Un savon glycériné transparent plaît au premier regard, puis il déçoit dès que la salle de bain est humide. Les repères de l’Observatoire des Cosmétiques sur les savons glycérinés m’aident à garder la tête froide : transparence ne veut pas dire surgras, ni longévité.
J’ai aussi hésité à renvoyer le pain à la boutique pour demander un avis. Je ne savais pas si mon retour relevait d’un défaut produit ou d’une incompatibilité avec ma salle de bain trop humide. Finalement, j’ai choisi de garder le pain pour mes articles et de documenter la fonte jusqu’au bout. Cette hésitation m’a appris à ne pas juger un savon sur une semaine, mais à pousser le test jusqu’à voir vraiment le comportement en fin de vie.
Pour qui je le conseille, et pour qui je passe
Je le garde pour les mains, un lavabo bien aéré, un budget savon de 6,00 € par pain, ou un format de voyage pour 3 jours. Je le garde aussi pour un couple sans enfant qui accepte un porte-savon ajouré et un séchage sérieux entre deux usages.
Je passe mon tour si je cherche un savon principal pour la douche quotidienne. Je le passe aussi si ma peau est déjà sèche, ou si je n’aime pas les parfums trop sucrés. Je n’aime pas non plus voir un pain fondre en 2 semaines au bord du lavabo.
Je regarde alors vers un pain opaque plus dur, un savon surgras plus simple, ou un format plus sobre qui mise sur la tenue plutôt que sur l’effet vitrine. J’y gagne en longévité et en confort, même si la salle de bain devient moins photogénique.
Si une irritation dure plus de 48 heures ou si le tiraillement ne baisse pas après 2 essais de stockage, je ne joue pas à l’experte. Je conseille alors d’arrêter le produit et de demander un avis dermatologique.
Mon verdict : pour qui oui, pour qui non
Quand je repense au rayon bio de L’Herbier du Midi, je revois surtout une jolie promesse. La transparence vend une douceur rassurante, mais je ne la retrouve pas assez dans les faits.
Je préfère aujourd’hui un savon moins séduisant, plus stable et plus durable, même si son allure est moins flatteuse sur le lavabo. Je le sais vite à la maison : un pain qui se ramollit dès les premières douches me fatigue autant que le bac à savon qui colle.
Oui, je le garde pour une personne seule ou un couple sans enfant, avec un lavabo bien aéré, un usage centré sur les mains et un support qui laisse vraiment sécher. Non, je le déconseille pour une douche quotidienne, une peau qui tire déjà après le rinçage, ou quelqu’un qui ne supporte pas les parfums bonbon.
Mon verdict est simple : j’en rachète seulement pour un usage court et ciblé, jamais comme savon de base. Pour les mains, au bord d’un lavabo sec, il peut aller. Pour la douche, c’est non, et je le laisse sans regret au rayon bio de L’Herbier du Midi.


